Luc Fraisse

Luc Fraisse

Luc Fraisse est professeur de littérature française à l’université de Strasbourg : et membre senior de l'Institut universitaire de France.

À côté de travaux sur les méthodes de l’histoire littéraire et sur l’oeuvre de Potocki, l’essentiel de ses recherches porte sur l’oeuvre de Proust, auquel il a consacré une dizaine d’ouvrages, dont Le Processus de la création chez Marcel Proust (1988), L’OEuvre cathédrale – Proust et l’architecture médiévale (1990, Grand prix de l’Académie française), Proust au miroir de sa correspondance (1996) et La Petite Musique du style. Proust et ses sources littéraires (2011, Prix du Cercle littéraire proustien).

Luc Fraisse
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L’éclectisme philosophique de Marcel Proust

Luc Fraisse on Proust's philosophy by France Culture

Après de solides études en philosophie dont le souvenir ne s’effacera jamais, le romancier de la Recherche du temps perdu enfouit cette culture dans son oeuvre, où la mention de divers philosophes joue un rôle anecdotique – la véritable philosophie se trouvant là où aucun penseur n’est nommé; sa pensée ne se rattache à aucune doctrine prépondérante, bien que la sienne en évoque un très grand nombre.

En envisageant de front cet éclectisme philosophique, la présente enquête ne repose sur aucun apparentement a priori. Ce faisant, elle restitue l’entreprise de Proust au vaste patrimoine philosophique occidental qui forme son horizon. La pensée d’une multitude de philosophes vient se refléter dans les pages de la Recherche : il s’agit de répertorier ces reflets, et plus encore de s’interroger sur la raison de leur extrême diversité, donc d’essayer de théoriser cet éclectisme.

Mais selon quels critères valider ces multiples échos ? Un autre parti adopté a été de reconstituer la culture philosophique de Proust dans sa réalité – en partant de ses papiers scolaires, de ses programmes du baccalauréat et de la licence de philosophie. Pour la première fois, les manuels scolaires et les cours suivis ont été pris en compte (notamment une version manuscrite du cours d’Alphonse Darlu), et les ouvrages de ses divers professeurs ont été confrontés à son oeuvre. On ne peut nullement dire que la philosophie de Proust doive tout à ce qu’on lui a appris. La consultation de ce qu’il a effectivement lu et entendu replace simplement l’examen de sa doctrine dans l’exacte perspective de son émergence. Le romancier transcende les apories philosophiques qu’il rencontre sur son chemin, par quoi il refonde la philosophie de son temps. Et dans les cas, délimités, où il accueille telle quelle la pensée qui lui a été enseignée, le créateur ramasse alors ses forces et s’appuie sur ce fonds pour développer une éclatante et imprévisible invention romanesque.